#Meetoo

J’ai vraiment hésité à en parler, à voir les réactions des uns et des autres dont certaines m’exaspérant au plus haut point, j’ai préféré en faire un article que de débattre sur le mur de chacun.

Il y a de cela deux ans, je me suis retrouvée dans une position de harcèlement et harcèlement sexuel au travail, après un calvaire qui a duré une année (je ne sais pas comment j’ai tenu une année). J’ai failli arrêter ma carrière, j’avais peur de travailler, et même été médicamenté… Je vais vous raconter un peu comment ça se passe.

Mon métier est essentiellement masculin et à vrai dire depuis l’école, je suis habituée aux blagues misogynes, salasses et autres. Ca m’a toujours fait rire et je ne m’en suis jamais offensée. Et c’est exactement ainsi qu’à commencé mon calvaire.
Des blagues, il y en avait beaucoup dans ce bureau, elles ont fini par être dirigées : sur ma personne (seule femme à temps plein dans cette team). Ca devenait un peu lourd à force, mais bon tout le monde n’a pas un sens de l’humour développé… Voilà ce que je me suis dit.
Puis de la parole, on est passé à une attitude oppressante : on passait derrière moi pour mater mon décolleté, me reniflait le coup le matin pour sentir mon parfum ; ce n’était que la « continuité » de la blague. Quand j’ai fait comprendre mon malaise, mes collègues auront pour réponse « oh, on rigole » ou le silence.
Puis un jour, on a commencé à me demander de monter sur des tabourets pour mater sous ma jupe, l’un des chef d’équipe sous l’aval de mon patron et de son associé m’a expliqué que je ne pouvais avoir mon augmentation de salaire parce que je m’étais habillée en « jean » durant l’hiver et que ce n’était pas « sexy » sous le gloussement général des hommes de la boite. Je n’aurais jamais cette augmentation uniquement sous c motif, est-ce toujours une blague ?
Je me suis retrouvée plusieurs fois coincée dans un coin, frôlée… Sans parler des réflexions tous les jours, et des regards…
Du côté de mes collègues l’indignation, mais toujours le silence. Personne ne veut voir.

Voilà ce que j’ai entendu de mes collègues pendant un an :

  • « oh la précédente l’a vécu aussi, tu sais », alors si la précédente l’a vécu…
  • « moi ca ne m’est jamais arrivé », comme si c’était à toi victime TA faute, on échange si tu veux…
  • « en même temps tu es coquette », pardon de prendre soin de moi et de me faire belle POUR moi et non pour me faire tripoter,
  • « Ma pauvre…« , merci de ta pitié. La compassion aurait sucité une réaction.
  • « Peut être devrais-tu les éviter…«  Oui, je bosse avec dans le même bureau.

Le pire pour être honnête, c’est que beaucoup ne réagissaient pas par peur : peur de perdre son travail, sa réputation…
Tant pis si pour ça, il fallait que je me fasse tripoter ou mater comme un bout de viande, que j’entende des réflexions dégradantes ou désagréables et que je sombre. Certaines les enduraient aussi ces gestes et paroles déplacés, elles fuyaient enfermées dans leur bureau.

Après une année à affronter ça, seule, je suis tombée en dépression. J’ai commencé à avoir peur d’aller au travail et j’ai même pensé à tout simplement arrêter. Puis un jour, après la visite de mon ami David, j’ai réalisé, j’ai pris mes affaires et je suis partie. Partie sans jamais en parler à qui que ce soit, sauf à mon médecin et cet ami.
Mais pourquoi me direz-vous ?

Parce que je faisais partie de ces femmes qui se sentaient fortes et intouchables, ayant été depuis mes 17 ans qu’avec des hommes et n’ayant jamais souffert de ça, je pensais que c’était une attitude à adopter, une répartie… J’étais en fait avec des hommes éduqués.
Parce que je me disais que c’était de ma faute, j’avais ri à leur blague, ce que je n’aurais jamais dû faire… Je n’avais sûrement pas réagi correctement.
Parce que mes collègues n’avaient pas bougé, n’avaient rien dit, une grande lâcheté. Je ne jugerais pas celles victimes. J’avais peu de la parole contre parole, et je m’étais sentie si seule…
Parce que mon métier marche par relation et que le bouche-à-oreille est important…

Les hommes qui nous harcèlent au travail font preuve souvent d’une grande perversité, ils usent souvent de leur position au sein de l’entreprise ou dans la société pour faire taire leur victime et entourage. Ca marche.

Pour ce qui est de la rue… Que dire si ce n’est que la France est peuplée de beaucoup de gens sans aucune éducation et sans manières.
En France, je fais partie de ces femmes (malgré que je pratique les arts martiaux depuis des années) qui n’aiment pas trop mettre de jupes, car trop de réflexions salasses, qui sont stressées à l’idée de rentrer tard (parce qu’il y a toujours un blaireau pour nous suivre ou nous emmerder), qui se sont déjà faites frotter dans le métro > ce qui lui aura valu mon coude dans les couilles, « oh, on était tellement serré j’ai pas fait exprès », mais contrairement à ce que beaucoup pensent ou sous-entendent ne m’aura pas plus soulager.
N’exagérons pas certes, un « bonjour mademoiselle vous êtes jolie ou élégante » est toujours agréable quand il n’attend qu’un merci. La rue n’est pas faite pour accoster les gens.
En fait les mecs qui pratiquez ça vous êtes comme des vendeurs à la sauvette. Ce n’est pas méchant ? C’est chiant.
Certains d’entre vous osent tout de même nous suivre avec leur camelote jusqu’en bas de nos maisons pour nous vendre vos merdes alors que l’on vous a dit ne pas en vouloir, d’autres nous insultent parce qu’on n’a pas de monnaie ou tout simplement pas envie de prendre toutes les breloques que l’on nous propose dans la rue. Nous ne sommes pas un dépotoir pour continuer la métaphore. ;)
Il y a aussi le choix du vocabulaire. Quand on vous dit « sexy » sois > sexuellement attirante, qui a un charme aguichant < on a déjà passer une limite dans le respect. Que dire quand on nous siffle…

Moi qui ai beaucoup vécu à l’étranger, la société française est malade. Oui, malade.
Qu’on ne me parle pas des personnes maghrébines ou afro. De mon expérience, je me suis fait beaucoup plus emmerder par des bons vieux pervers bedonnants blancs ayant la cinquantaine que les racailles, à qui souvent un « bonjour, je ne suis pas intéressée, mais c’est très gentil » suffit à calmer les ardeurs.
Je fais partie de ces femmes qui pense que : non, tu ne viens pas me faire chier dans la rue.

Du coup, je vais vous faire ça en mode points :

  • Je m’habille pour moi. En fait, le matin, quand je me maquille, quand je m’habille : c’est avant tout pour moi, pour me trouver jolie. De la même manière que 80% de mes amis masculins me préfèrent brune, j’ai les cheveux rose parce que j’aime ça. Désolé de cette notion très narcissique, mais qui je crois doit être rappelé.
    Il y a aussi une notion de respect me concernant, dans certaines circonstances, j’aime m’apprêter par respect pour l’autre, pour lui faire honneur et non pour me faire traiter comme un bout de viande ou baiser. En règle générale en fait, ma façon de m’habiller n’est pas un appel à me faire toucher ou autre, sinon je me baladerais à poil avec une pancarte > « Touch me ».
    Il est temps d’arrêter avec ce mythe de la femme tentatrice et de l’homme victime de ses pauvres pulsions. On est en 2017.
    Comme disait l’un de mes amis humoristes, bientôt, on reprochera aux enfants victimes de pédophiles de ne pas s’être habillé en adulte. C’est un peu pareil.
  • Oui, c’est une cause importante.
    Une femme décède tous les 3 jours sous les coups de son compagnon et un homme tous les 14,5 jours après des violences conjugales.
    Chaque heure, près de 9 femmes sont violées soient 206 par jours. Il y a 75000 violent en France, environ 200 000 tentatives et cela touche pour 92% les femmes. Pour ce qui est des hommes, 93% des hommes violés le sont par un homme. Et là le ponpon, le top du top > 100% des femmes se sont faites importuner sexuellement, suivies ou agressées dans les transports. Tu en trouveras plein d’autres dans le même genre super sympa.
    Dire qu’il faut protéger les femmes, cela ne veut pas dire nier les violences faites aux hommes. On parle d’éducation sociétale vis-à-vis d’une population donnée.
  • Il n’y a pas de « tu aurais du », « moi, j’aurais ».
    Nous sommes dans ces moment-là souvent seuls, la perversité est immense et la honte aussi. Au lieu de dire « TU », demandez vous ce que VOUS auriez dû faire pour la victime et ce que vous pouvez faire aujourd’hui.
    82% des jeunes femmes de moins de 17 ans ont été victimes de harcèlement, 76% des femmes ont été suivies dans la rue… Il y a forcément une femme que vous connaissez, et à moins de vivre dans une grotte vous en avez été témoin. Sans peut-être en effet y avoir prêté attention.
    Vous pouvez agir.
  • L’humour… Laissez ça aux professionnels. Tout n’est pas de l’humour, comparer ta collègue enceinte à une chienne qui met bas > ce n’est pas drôle. Sauf peut-être si tu es éducateur canin ou vétérinaire et encore ça dépend du contexte…
    L’humour sexiste banalise d’une certaine manière le rapport au sexisme. Je ne suis pas pour la censure, mais disons que comme tout, il faut savoir en doser.
  • Où draguer ? Une de mes amies (Marion) disait : il ne faut pas s’étonner si tout passe par Tinder. Les hommes ne pourront plus draguer…
    NON.
    En fait il y a des lieux. En Corée (on a d’autres soucis hein), au Canada, en NZ, personne ne va me siffler dans la rue, me dire « hey, mademoiselle » parce que ce n’est pas le lieu, c’est impoli et weird.
    Quand j’en discute avec mon copain, c’est pour lui incompréhensible. Il ira aborder une jeune femme poliment (ou ivrement) dans un bar, un café, un club… Mais pas au beau milieu de la rue. Et qu’on ne vienne pas me parler d’une pseudo drague à la française, nos grands-parents  siffllaient les chiens, pas les femmes.
  • « Oui, les féminazis… » > ta gueule.
    Si tu te sens visé dans ce problème sociétal concernant un manque d’éducation certains chez une partie de la gente masculine, il y a deux solutions : ou tu as un souci d’égo ou tu n’as pas tout à fait la conscience tranquille.
    Si demain, je te dis : « il faut régler le souci des gens qui se baladent dans la rue nus en chaussettes, avec une tête de licorne, et hurlent à la mort jusqu’au petit matin » tu ne vas pas te sentir concerné parce que tu portes des chaussettes.
    Ben là c’est pareil. Ce qui est interessant, c’est que je pense que la plupart des hommes quand on parle de harcèlement de rue, n’ont pas conscience qu’ils sont désagréables (cf le vendeur à la sauvette). Le fait que cela soit répétitif, pas toujours bienveillant, fait que l’on ne se sent pas en sécurité.
    Si je prends la Corée qui a un taux de viol bien supérieur à la France, les femmes se sentent néanmoins plus en sécurité. Paradoxal ?
    C’est parce que la distance intra-espèce (qui nous permet de ne pas nous rentrer dedans par exemple, cf éthologie) est respectée. Être trop sollicité crée un sentiment d’inconfort et à terme d’insécurité.
    Alors oui, je peux faire mon autiste et me promener à fond avec mes écouteurs, mais pourquoi ?

Pourquoi moi en tant que femme, je devrais changer mes habitudes ? Pourquoi devrais-je me blinder ? M’habituer et accepter des pratiques masculines dégradantes et agressives ? Pourquoi le soir, je ne devrais pas pouvoir rentrer chez moi, sans m’inquiéter de croiser quelqu’un qui va me suivre, ou m’insulter ? Pourquoi est-ce qu’en France, je me sens mal à l’aise en robe, quand ce n’est pas le cas à Séoul ?
Je n’ai pas à me sentir flattée par quelqu’un qui m’arrache un baiser, me dis que je suis bonne ou me manque de respect…

Tenez-vous bien…
En fait je suis plus qu’un corps : je suis une « jeune » femme, directrice artistique passionnée, qui aime l’art moderne, les animaux, avec une conscience politique qu’on y adhère ou pas, qui est curieuse, à soif d’échanger, aime passer du temps avec ses amis…
Je ne suis pas qu’un vagin avec deux seins. Le harcèlement sexuel, l’humour déplacé (…) tentent à nous ramener sans cesse à l’état de chair. On voit d’ailleurs ce que l’on dit des victimes : comment était-elle habillée, comment, c’est elle comportée ; quand lui est chef de ceci, un bon père de famille, un retraité…
Je ne me mentirais pas à moi-même, les médias sont grandement en faute dans la représentation hyper-sexualisée de la femme et engendre ce type de comportements. Nous sommes souvent peu représentées pour notre intelligence ou nos convictions personnelles. Que dire de nos représentants politiques, on se souvient de ce qu’on vé Bachelot, Dufflot et j’en passe…

Ce n’est pas un combat contre les hommes. Les hommes aussi devraient participer à #balanceTonporc ou #metoo, vous l’avez forcément vu aussi et peut-être même vécu. C’est un combat contre des pratiques déviantes et tout simplement de éduquer. Ce combat peut AUSSI s’adresser aux femmes, je n’en doute pas.
Il faut éduquer la société, en parler, dénoncer, condamner. Après cette année de harcèlement, j’aurais tout arrêter et quel gâchis pour ma belle carrière et pour moi qui aime mon métier. J’avais aussi peur et honte, jusqu’à ce que je rencontre ma super team Netflix et en parle avec mon ami.
Il n’y a pas une manière parfaite pour réagir, mais il serait temps que la société accepte d’écouter ses victimes et les protège. Surtout que l’on arrête de demander aux femmes de se justifier, aux non-victimes de faire taire celles qui le sont parce qu’elles imaginent.

#metoo et #balanceTonPorc (que j’aime moin mais je ne développerais pas ici) ne sont pas parfaits. Mais ils ont le mérite de libérer la parole et de casser l’omerta, le silence qui regne sur ce type de comportements.

Ca change des articles habituels. J’ai parfois certaines ou certains d’entre vous qui me parle de belle vie, sachez juste qu’elle n’est pas toujours rose.
J’ai décidé de mettre mon pote David en photo, qui a été incroyable. Parce que si des hommes ont été agressifss envers moi, c’est aussi un homme qui m’a soutenu pendant cette dure période.

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